La belle-famille de François SOCHACZEWSKI

Les MAUDUYT

 

« Grand-père et grand-mère Mauduyt  s'étaient connus en prison en 93 et  c'est alors que grand-père, le père de grand-père avait supprimé le « de la Grève » à son nom (1), titre que vient de reprendre il y a 2 ans Louis Mauduyt. Maman (Léontine Aglaé Aristide Mauduyt) était la 5ème enfant de grand-père et de grand-mère ».

 

Lubin Mauduyt de la Grève naît le 3 janvier 1782 à Poitiers. Sa famille est aisée. Pierre, son père, occupe la fonction d'avocat du barreau de Poitiers et de Sénéchal de la Vicomté de Gençay, petite bourgade située à une trentaine kilomètres au sud de la capitale poitevine. Sa mère est Anne Suzanne Babinet de la Cour. Son grand-père paternel était conseiller du Roi et Echevin de la maison commune de Poitiers. Par les mariages ils  s'allient à des familles importantes, les Babinet de la Cour, receveur de l'hôtel-Dieu de Poitiers, les Jardel, avocats au Présidial.

 

Mais faisons un petit retour quelques années en arrière.

 

Le 22 octobre 1743, André Louis  Lubin, aïeul de Lubin Mauduyt épouse à Gençay, Marguerite Suzanne Jardel  fille de Maître René Jardel, juge sénéchal de la châtellenie des Basses Vergnes , seigneur du Reignier, châtellenie sise en la paroisse de Marnay petite paroisse située à quelques lieux au sud de Poitiers et de Suzanne Ingrand. Il était veuf de Marie Radegonde Jardel. Une parenté au second degré d'affinité existant , avait obligé les futurs époux à obtenir une dispense. Cette autorisation sera signée le 15 juillet 1743 par le pape Benoist XIV. De ce remariage naîtront Marie Suzanne en 1745, une seconde Marie Suzanne en 1747, André Louis en 1748 mort enfant, Pierre le 20 juin  1751, Claude en 1754, Geneviève en 1755, Louis en 1757 et Félicité en 1758. Dès son mariage, André Louis Lubin prend le titre de seigneur du Reignier, du nom du lieu-dit situé sur la rive gauche de la petite rivière appelée la Clouère.

 

La famille possédait alors la ferme de la Grange aux Rondeaux à  Gençay. D'après les rôles de taille de 1775, la famille Mauduyt possède alors à Reignier deux métairies, l'une tenue par Jean Delhomme, l'autre par Etienne Fillon (2). Le rôle des impôts de 1792 donne pour Reignier un revenu assez modeste d'un peu plus de 56 livres attribué à la famille Mauduyt. C'est Claude Mauduyt qui reste à Reignier avec sa mère et sa femme. Sa veuve conservera la maison familiale jusqu'en  1840.

 

Pierre Mauduyt   l'aîné de la famille, avocat, devient membre de la commission du district de Lusignan. Il participe à ce titre à la vente des biens nationaux. Il s'installe au logis de la Vergne situé rive droite de la Clouère  qu'il achète à la famille Ingrand vers 1780. Pour lui-même, lors de la vente des biens nationaux il achète les biens de la cure de Marnay en partie.

 

Cette fin de 18ème siècle est riche en événements nationaux. A Marnay décède le dernier Boynet d'une famille poitevine implantée dans cette petite paroisse depuis 1578. Aucun héritier direct   n'est connu et   l'ensemble des biens est racheté par Eutrope de Cressac qui devient par le fait même seigneur de la  Vergne de 1785 à 1789 date de la disparition des titres féodaux.

 

Issus de cultures différentes, il existe une certaine entente entre Pierre Mauduyt et Eutrope de Cressac, le premier fervent défenseur des idées nouvelles, le second lié au clergé donc forcément assez  réticent, mais trop intelligent pour ne pas comprendre que des changements étaient inévitables, et assez opportuniste pour savoir en profiter.

 

C'est ainsi que, grâce à Pierre Mauduyt il put acquérir les domaines de la  Voute et de la Poussinière mis en vente comme biens nationaux.  D'autre part entre Pierre Mauduyt et Eutrope de Cressac on procéda à certains échanges. Mauduyt donna à de Cressac tous ses biens qu'il avait acheté et qui relevaient de la cure de Marnay, c'est à dire là où se trouvent aujourd'hui le couvent et les terres attenantes, la cure et les quelques pièces de terres qui touchent l'église. Eutrope de Cressac donna à Pierre Mauduyt tous les prés qui étaient les biens propres de la seigneurie de la Vergne mais il se réserva l'île dans laquelle se trouvaient les ruines du château des Basses Vergnes car il se trouvait là le symbole d'un pouvoir féodal à jamais disparu (3).

 

D'après le rôle des impôts de 1792, Pierre Mauduyt est taxé sur un revenu estimé à 150 livres pour la métairie dite de Basse~Vergne, celle liée au logis même de la Vergne, un revenu également de 150 livres pour la métairie dite de Haute-Vergne, un revenu de 180 livres pour le moulin de la Vergne. Le logis lui-même est estimé pour un revenu de 24 livres.

 

Maire de Gençay en 1793, il semble avoir connu, selon les écrits de Théona les cachots de Poitiers en même temps que la famille  d'Ambroise Jacques Beauvisage de Montégu, noble Trésorier de France au bureau des finances de Poitiers. Toutes ces fonctions valorisantes sous   l'Ancien régime, avaient   l'inconvénient, en période troublée, de vous mener droit en prison.  C'est au cours de ces réunions « mondaines » que Lubin Mauduyt pour lors âgé de 11 ans allait faire connaissance de Marie Aglaé Beauvisage de Montégu sa cadette de 3 ans.

Bonapartiste convaincu Lubin Mauduyt est  professeur, puis directeur de l'Institut de Sciences naturelles de Poitiers et résidera fort peu à la Vergne dont il hérite au décès de son père survenu le 31 mai 1825.

 

Il s'était marié le 5 frimaire de l'an 14, an second de l'empire (4), à Nouaillé-Mauperthuis.   L'officier de  l' état-civil désigne Lubin Mauduyt fils de Pierre, homme de loi et  d'Anne Suzanne Babinet qui a perdu sa particule. Le beau-père, Marie Aglaé Beauvisage de Montégu, président du canton de la Ville-Dieu (5) a conservé son titre en entier. De ce mariage naissent Aglaé, Théolide,  Lobinie, Eglantine et Léontine ; cette dernière deviendra   l'épouse de François Sochaczewski. Laissons maintenant Théona  nous présenter ses oncle et tantes.

 

 


(1) Un jugement du tribunal civil de Poitiers du 9 janvier 1922, autorise les Mauduyt à reprendre le nom de la Grève à compter de la date de la transcription. Un arrêt de la Cour de cassation accorde à celui qui dans son acte de naissance a reçu un nom de terre porté par son père et antérieurement porté dans la même famille pour en distinguer les différentes branches est régulièrement et légitimement investi de ce nom. Le Moniteur 10 mai 1860.
(2) Paul Renaudin. Marnay : les lieux-dits n° 5. Edité par l'association « Vivre à Marnay ».
(3) Marnay : Lieux-dits n° 6 par Paul Renaudin. Edité par l' Association « Vivre à Mamay ».
(4) 26 novembre 1805
(5) Devenue la Villedieu-du-Clain, commune au sud de Poitiers.